09 October 2014

Non, l'industrie pétrolière n'est pas en perte de vitesse 

French online financial outlet Challenges publishes op-ed by Brown Shipley’s Mike Stoddart about the positive prospects of investing in the oil sector

Les perspectives pour l'industrie pétrolière et gazière sont en apparence négatives et risquent de faire fuir les investisseurs. A tort selon Mike Stoddart, analyste pour la banque privée Brown Shipley.

Souvent, les grands projets d’exploitation pétrolière, surtout en mer, prennent du retard et dépassent le budget prévu. De tels revers, bien que rarement dévoilés par les géants du pétrole, se matérialisent néanmoins par des retours sur investissement décevants.

Le fiasco du Kashagan

En 2000, l'immense champ pétrolier Kashagan, dans la partie de la mer Caspienne qui appartient au Kazakhstan a été découvert. Les réserves ultimes sont d’environ 13 milliards de barils de pétrole.

La production aurait dû débuter en 2008. Elle n’a en fait commencé qu’en septembre 2013 – un retard de cinq ans – pour être arrêtée quatre semaines plus tard lorsque les gazoducs et oléoducs de 88 kilomètres reliant le champ au continent ont commencé à fuir, retardant la production jusqu’à mi 2016.

Royal Dutch Shell, un des actionnaires, n’a pas dévoilé cette information dans ses derniers résultats trimestriels. Toutefois, lors d’une récente conférence téléphonique entre investisseurs, Total S.A., qui détient une même participation de 16,81 % dans ce projet, a indiqué que le nouveau retard de production entraînerait une diminution d’un milliard de dollars dans ses prévisions de flux de trésorerie. Aucun des associés n’a diffusé le montant des coûts supplémentaires.

Cette industrie doit aussi affronter des risques politiques et de sécurité. Dernièrement, il était par exemple difficile ou impossible de mener des affaires en Irak, au Nigeria, en Lybie, Syrie et Egypte alors que la Russie et l’Iran doivent faire face à des sanctions.

Les majors sont trop grandes

La taille même des principaux acteurs du pétrole joue également contre eux en matière de croissance. Les niveaux de production de la plupart des champs pétroliers augmentent fortement la première année, puis stagnent et diminuent ensuite progressivement.

Une grande partie des champs pétroliers des grandes entreprises sont en phase de maturité (c’est-à-dire sur le déclin), c’est pourquoi essayer d’accroître la production revient à courir sur un escalator dans le mauvais sens – vous vous agitez beaucoup pour finalement ne pas bouger.

Pour illustrer ce phénomène, la production combinée des quatre plus grands acteurs européens – à savoir BP, Royal Dutch Shell, Eni et Total – était de 10,24 millions de barils équivalent pétrole par jour (boe/d) en 2013. Chiffre quasiment identique à leur production combinée en 2000 (10,17 million de boe/d) et 14 % de moins que le pic atteint en 2004 (11,9 millions de boe/d).

Cette stagnation n’est pas propre à l’Europe. ExxonMobil et Chevron, les leaders du secteur aux Etats-Unis, ont un profil uniforme similaire et sont affaiblis par leur portefeuille de champs en phase de maturité.

Le potentiel du schiste

Toutefois, le point positif du secteur a été la reprise de la production américaine de brut engendrée par la croissance de production à partir de schiste. Depuis une baisse à 5 millions de boe/d en 2007, la production du pays a augmenté de 60 %, dépassant un rythme de 8 millions de boe/d plus tôt cette année.

Le schiste possède bien des avantages comparé aux champs classiques. Par exemple, les risques associés au forage dans les réserves connues des principaux bassins américains sont proches de zéro. Géologiquement, il se compose comme un mille-feuille ; les entreprises n’ont donc pas besoin de détecter les pièges à pétrole traditionnels (anticlinaux, blocs faillés, etc), qui peuvent donner lieu à des puits secs quand on les fore.

Lorsqu’un puits de pétrole de schiste est foré, une grande partie de la récupération totale du puits est produite en peu de temps. Si l’on utilise la langue des marchés obligataires, le flux de revenus est de courte durée (c’est-à-dire à risque faible), comparé à une durée plus longue (ou un risque plus élevé) pour un puits classique, laissant ouvertes les opportunités de croissance continue.

Par exemple, l’Apache Corporation, le quatrième plus grand producteur de pétrole au Texas, a revendu ses champs de production de pétrole et de gaz internationaux pour se concentrer sur ses actifs à domicile, notamment en raison de pressions d’actionnaires activistes. Ce processus a entraîné une réévaluation des actions d’Apache, une tendance qui devrait continuer.

Tout le secteur en profite

Le boom du pétrole de schiste profite également à Schlumberger– le plus grand fournisseur au monde de solutions pour les groupes pétroliers. Il possède d’excellents antécédents en matière de croissance et a, lors de son dernier « Investor Day », défini des prévisions ambitieuses pour 2017. Le groupe prévoit une croissance de ses résultats de 17 à 20 % par an, un retour sur capital de plus de 20 % et une trésorerie disponible solide.

Le groupe, qui investit plus d’1 milliard de dollars par an en recherche et travaux d’ingénierie, compte sur les nouvelles technologies issues de cette activité pour participer à hauteur de 25 % à ses résultats d’ici 2017. Les marges croissantes de cette nouvelle activité devraient dépasser 40 % en raison du prix élevé qu’ils pourront justifier.

Gardant ces éléments à l’esprit, on peut s’attendre à ce que certaines entreprises exploitant le schiste attirent des investisseurs à la recherche de croissance du capital. De même, les investisseurs à la recherche de dividendes continueront de se tourner vers les grands groupes pétroliers pour des investissements relativement sûrs."

- Challenges