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Business

09 mars 2018

Les prémices d'une guerre? 

Il y a près d’un siècle, deux membres du Congrès américain, Reed Smoot et Willis Hawley, lancèrent un projet de loi protectionniste visant à augmenter les taxes douanières sur plus de 20 000 produits importés. L’adoption de la loi Smoot-Hawley en 1930 déclencha des mesures de rétorsion partout dans le monde. Au cours des cinq années qui suivirent, alors que les échanges commerciaux mondiaux plongeaient de 66 %, l’Amérique s’enfonçait dans la Grande Dépression.

La décision du président Trump d’imposer des taxes douanières de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur l’aluminium n’est pas sans rappeler l’incohérence de la loi Smoot-Hawley. S’il ne fait aucun doute que les nations concernées rendront coup pour coup, il est toutefois trop tôt pour répondre à cette question primordiale : cette action unilatérale pourrait-elle engendrer une guerre commerciale ?   

L’Union européenne a déjà menacé d’imposer à son tour ses propres taxes douanières sur l’acier américain et sur une large palette de produits fabriqués aux Etats-Unis (allant des motos au beurre de cacahuètes), tandis que le ministre des affaires étrangères chinois a promis que la Chine prendrait les mesures appropriées et nécessaires. 

Trump – qui épargne le Canada et le Mexique pour l’instant, alors que Washington négocie actuellement la refonte des accords de libre-échange en Amérique du Nord – laisse la porte ouverte aux négociations avec les partenaires commerciaux individuels. Selon le président américain, les taxes douanières pourraient « augmenter ou diminuer selon le pays » et il se réserve le droit « d’ajouter ou de sortir des pays ». En somme, « son administration ne veut que l’équité ». 

Guidée principalement par la politique intérieure, cette décision pourrait en fin de compte menacer plus d’emplois américains qu’en créer. 

Une récente analyse de Moody’s estime qu’entre 100 000 et 150 000 jobs américains pourraient disparaître suite à cette hausse des taxes douanières. Trade Partnership, société de consulting spécialisée dans le commerce international, table sur les mêmes chiffres, avançant que cette nouvelle donne pourrait apporter environ 33 000 nouveaux emplois à la sidérurgie américaine tout en coûtant près de 179 000 jobs à d’autres industries. Ce pari pourrait donc faire disparaître 146 000 emplois, soit légèrement plus que le nombre actuel d’employés de la métallurgie américaine. 

Ce raisonnement a sûrement conduit Gary Cohn, principal conseiller économique de Trump, à démissionner de son poste plus tôt cette semaine, et plus de 100 Républicains de la Chambre à exprimer leur désaccord avec ces taxes douanières. 

Ignorant ces appels, Trump considère avoir rempli une promesse électorale. Il reste à voir si l’histoire le jugera pour avoir répété les erreurs de Smoot et Hawley.