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Culture

18 mars 2015

Quel prix pour l'art ? 

Mais quel est donc le prix équitable d'un avoir ? On pourrait soutenir qu'il est possible d'estimer ce que vaut un avoir financier - comme l'action ou l'obligation d'une société - à un moment donné grâce à l'interaction entre acheteurs et vendeurs, même si les prix peuvent fluctuer soudainement pour des raisons qui ne semblent avoir aucun lien avec les « fondamentaux » de ladite société.

Un différend actuellement soumis à la justice monégasque soulève néanmoins quelques-uns des problèmes inhérents à la détermination du prix d'actifs dont la valeur dépend plus de goûts personnels et d'opinions critiques que de critères objectifs, comme c'est le cas des œuvres d'art.

Le transporteur d'art Yves Bouvier a été accusé par l’un de ses plus gros clients, l'oligarque russe Rybolovlev, d'avoir prélevé une marge beaucoup trop élevée sur la vente d'une toile de l'expressionniste abstrait américain Mark Rothko. Après un round de négociations serrées, Bouvier et Rybolovlev s'étaient accordés sur un prix de 140 millions d'euros pour le N° 6 (Violet, Green and Red), considéré comme une des œuvres majeures de l'artiste.

On a cependant appris plus tard que Bouvier avait acheté la toile à Cherise Moueix, l'épouse de Christian Moueix, propriétaire du vignoble de Château Pétrus, pour à peine 80 millions d'euros. Rybolovlev, dont la fortune estimée à 10 milliards de dollars inclut une collection d'art qui lui a coûté la modique somme de 2 milliards de dollars et qui est actionnaire majoritaire du club de football de l'AS Monaco, a porté plainte auprès des autorités. Bouvier a été arrêté et inculpé d'escroquerie et de blanchiment.

Toute la question est de savoir si Bouvier est un simple vendeur qui a réalisé un joli bénéfice, ou un courtier travaillant à la commission pour Rybolovlev. Dans ce dernier cas, il était donc dans l’obligation d'acquérir la toile de Rothko au meilleur prix possible pour ce dernier. L'affaire démontre que le marché de l'art est extrêmement opaque et dérégulé, et qu'il n'est régi par aucune des normes de tarification qui s'appliquent à d'autres secteurs d'activités.

Bon nombre d'acheteurs d'art n'effectuent pas leurs transactions directement, mais s'appuient sur des intermédiaires ayant pignon sur rue, tel Bouvier. Les tribunaux de Monaco vont à présent devoir dire si cela les rend vulnérables aux manipulations de prix ou simplement victimes de leur empressement à payer trop pour assouvir leurs caprices.