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INVESTISSEMENT : PERSPECTIVES MONDIALES

Investir dans les marchés actions émergents : réalités et désillusions

Actuellement, les fonds qui ciblent les marchés émergents sont au cœur de bien des discussions. Faut-il ou non, en tant qu’investisseurs, considérer les marchés actions émergents comme des placements stratégiques ?

Bien que les taux de croissance de nombreux marchés émergents dépassent effectivement nettement ceux des marchés développés, nous pensons que les actions des marchés émergents manquent d’attrait.

La compétitivité de ces pays est touchée par un ensemble de phénomènes, alors que des niveaux de liquidité plus faibles sur ces marchés les ont rendus plus vulnérables aux sorties provoquées par le désengagement de la Fed. De plus, historiquement, cette croissance soutenue était favorisée par un niveau élevé de la croissance du crédit.

Cette époque est révolue.

Prenons l’exemple du taux de croissance chinois ces vingt dernières années : un ralentissement y était inévitable. En outre, le fait que certains pays passent d’un modèle industriel à un modèle consumériste peut entrainer une fragilité accrue et une diminution des mesures de relance. Ce ralentissement a eu des conséquences négatives sur la croissance en Asie particulièrement et sur l’appétit au risque des investisseurs.  

Ceux qu’on appelle communément les « Cinq Fragiles » (Afrique du Sud, Brésil, Inde, Indonésie, et Turquie) sont particulièrement exposés en raison de leur déficit courant, de leur faible niveau de réserve en devises et leur dépendance à la dette extérieure.  

Certains de ces pays ont vécu au dessus de leur moyen ou ont été simplement mal gérés. Il n’est pas surprenant qu’ils souffrent maintenant de déséquilibres structurels. L’année dernière, leur devise a perdu en moyenne 20% face au dollar US, entrainant une augmentation des taux d’inflation.

Un autre défi à relever est l’augmentation des prix de la nourriture, conséquence de mauvaises conditions climatiques. Par conséquence et afin d’éviter tout désordre social, plusieurs gouvernements de marchés émergents ont augmenté le salaire minimum et / ou le filet de protection sociale.

De telles mesures partent d’une bonne intention, mais dans bon nombre de ces pays, on remarquait déjà une tendance à la hausse pour les salaires. En Chine, par exemple, les salaires ont augmenté de 18 % ces dix dernières années.

Le déclin du yen japonais et la révolution dans la production énergétique américaine ont aussi détérioré la compétitivité de plusieurs de ces pays émergents, particulièrement ceux dépendant des exportations d’énergie.

Des marchés comme le Brésil et la Russie, exportateurs d’énergies fossiles et de métaux, font actuellement face à une faible demande et une surcapacité, ce qui accroit la pression sur leurs exportations. A terme, nous atteindrons un point d’inflexion où les exportations reprendront grâce à de faibles taux de change – mais nous n’en sommes pas encore là.  

Les marchés financiers restent dictés par les problèmes politiques comme le montrent les problèmes survenus suite à l’aggravation des tensions en Thaïlande, Turquie et Ukraine.

En comparaison, les perspectives pour des marchés comme le Mexique, la Corée du Sud ou Taïwan sont plus positives en raison des solides industries manufacturières de ces pays. La libéralisation des marchés de capitaux chinois pourrait aussi déclencher une dynamique positive.

D’une manière plus générale, nous ne pensons pas que ce bouleversement sera aussi grave que la crise asiatique de 1997-1998, étant donné que les régimes monétaires des pays émergents sont bien plus flexibles et decorrélés du dollar. Le niveau de réserve de devises dans certains pays est bien plus élevé que par le passé et le système bancaire a déjà été réformé.  

Depuis la fin des années 90, nous assistons à l’accélération de la globalisation de l’économie mondiale, et l’important rôle joué par les marchés émergents. Par conséquence, le risque mondial systémique lié aux marchés développés s’est multiplié.

Aujourd’hui cependant, les marchés développés font preuve de moins de flexibilité dans leur politique monétaire. Parallèlement, les marchés émergents connaissent le même type de dette du secteur privé que les marchés développés ont connu juste avant le début de la crise financière mondiale.  

Alors pourquoi ne plus investir dans des actions des marchés émergents alors qu’elles sont à bas prix ?

Les valorisations boursières actuelles des marchés émergents, avec un ratio cours / bénéfices de 10, peuvent sembler plus attirantes que dans les marchés développés (supérieurs à 14). Cependant, des valorisations à bas prix ne compensent pas tout à fait la détérioration de la croissance des bénéfices (causée par une augmentation des salaires, des coûts d’intérêt et une surcapacité). De plus, ces ratios apparemment plus bas, sont quelque peu trompeurs étant donné le haut niveau de dépendance au secteur bancaire et les faibles valorisations dans ce secteur.  

Si l’on s’intéresse aux ratios de valeur de marché des capitaux propres sur leur valeur comptable, les marchés émergents ne sont  pas vraiment abordables en comparaison avec les marchés développés, surtout selon des standards historiques. C’est pourquoi, nous préférons des actions dans des marchés solides comme les Etats-Unis ou l’Europe, où les taux de croissance augmentent. Le Japon également pourrait bénéficier d’un nouvel assouplissement monétaire plus tard cette année.  

Quant aux obligations des marchés émergents, nous nous voulons plus positifs. Les rendements sont plus attractifs et certains des arguments que nous avons avancés contre les actions peuvent favoriser les obligations.

Le ralentissement de la croissance du PIB et des profits pourraient entrainer un rétrécissement des marges. L’inflation se résout par des taux à court terme élevés – en Turquie ou en Afrique du Sud, par exemple – laissant la place à des rendements obligataires plus faibles.  

Dans l’ensemble, la position des dettes souveraines se porte bien. De même, le fait que la classe d’actifs de la dette des marchés émergents soit dominée par les institutions, pourrait s’avérer positif étant donné que leur horizon d’investissement est sur le plus long terme. Enfin, suite à des problèmes d’ALM (Assets & Liabilities Management), les gouvernements préfèrent s’exposer au risque des actifs à revenu fixe plutôt qu’à celui des actions.

Il y a une lueur d’espoir pour les marchés émergents, mais pas dans les actions, en tout cas pas pour l’instant.


Ineke Valke, basée à Amsterdam, occupe le poste de Senior Investment Strategist au sein de Theodoor Gilissen Bankiers qui est membre du réseau KBL European Private Bankers. Elle est aussi membre du Asset Allocation Committee du Groupe. Le contenu de cet article et les points de vus énoncés sont ceux de l’auteur à la date d’écriture de ce document et sont susceptibles d’être modifiés. Cet article est d’ordre général et ne constitue en aucun cas un conseil juridique, comptable, fiscal ou en investissement.