Cookies sur le site KBL

Afin d’améliorer notre site Internet, nous utilisons les cookies Google Analytics. Ces fragments de données placés sur votre navigateur nous montrent certaines de vos activités sur notre site (comme les pages que vous avez consultées, etc.) et nous permettent d"évaluer l"audience du site. Pour de plus amples informations, consultez notre Politique de protection des données du site Internet.

Réinventer les fonds de pension

Les économies, tout comme les personnes, se développent-elles au fil du temps, parviennent-elles à maturité, pour ensuite immanquablement décliner ? Si tel était le cas, les États, tout comme les personnes, devraient prévoir leur retraite de façon responsable, en mettant un pécule de côté en cas de maladie imprévue et pour le partager avec les générations futures.

La plupart des gouvernements de par le monde adopte cette approche, du moins en partie, c’est la raison pour laquelle les fonds de pension publics et les systèmes de sécurité sociale existent.

La logique veut que les pays émergents, possédant une population jeune et des taux de croissance démographique élevés, puissent se permettre d’agir comme de jeunes actifs : commencer par emprunter, ensuite rembourser ses dettes, constituer une épargne et finir par piocher dans ses économies.  

Les pays développés doivent faire face à une tâche plus délicate : même si leur PIB par habitant est relativement élevé, peu d’entre eux ont réussi à bien se préparer pour un avenir où leur population active réduite devra soutenir un plus grand nombre de citoyens retraités.

C’est regrettable mais compréhensible. Historiquement, les plus de 60 ans représentaient une faible partie de la population mondiale. Jusqu’à la Révolution Industrielle, ils ne représentaient guère plus de 5 % de la population totale d’un pays.

De nos jours, les personnes âgées comptent pour environ 20 % de la population des pays développés. D’ici 2040, ce nombre atteindra 30 %. Pour la première fois, les plus de 65 ans seront bientôt plus nombreux que les enfants de moins de 5 ans.

En terme de démographie, nous sommes ici à un tournant de l’histoire.

De nombreux gouvernements semblent se rendre compte de ce fait seulement maintenant. Par conséquent, leurs stratégies en matière de retraites, souvent conservatrices, sont profondément défaillantes.  

Intéressons-nous au cas du Japon, où l’âge médian est de 44 ans. Avec un taux de longévité parmi les plus hauts au monde et un taux de fertilité parmi les plus faibles, la population vieillit et diminue simultanément. Cela met l’économie nationale à forte épreuve et cette pression ne fera qu’augmenter.

Il n’est alors pas surprenant, étant donné la taille de la population retraitée nipponne, que le Fonds de pension public japonais (GPIF) soit le plus important au monde avec un encours de plus de 900 milliards d’euros.

Cela peut sembler être suffisant pour le financement des retraites, mais le GPIF a un bilan plutôt faible en matière de rendement qui n’est pas du tout adapté aux besoins à long terme du pays. Concentrés jusqu’en 2013 sur la préservation du capital, les gestionnaires de fonds ont généré une rémunération moyenne précaire d’à peine 1,5 %.

La situation déjà délicate du GPIF ne cesse de s’aggraver de jour en jour du fait que ce fonds verse plus de pensions qu’il ne reçoit de cotisations.

Devant faire face au même genre de crise démographique que l’Europe affrontera dans 20 ans, le Japon est en plein milieu d’une réorientation radicale de sa stratégie d’épargne nationale. Comme dans les pays anglo-saxons, l’idée émerge au Japon d’abandonner la notion de préservation de richesse nationale au profit de la création de valeur.

Jusqu’à la moitié de l’année dernière, ce fonds était investi aux deux-tiers en emprunts d’État japonais. Certes un bon moyen d’absorber les émissions d’emprunts de l’État nippon, mais certainement pas de payer à terme les pensions des retraités qui ne cessent d’augmenter.

Dernièrement, le poids des emprunts d’État a diminué de 62 % à 55 %, au profit d’investissements dans les entreprises. Les actifs de ce fonds étaient répartis comme suit au trimestre dernier :  17 % en actions nationales, 15 % en actions étrangères et 11 % en obligations étrangères.

Les gestionnaires du GPIF semblent avoir tenu compte des conseils prodigués par l’investisseur milliardaire George Soros au Premier ministre Shinzo Abe à l’occasion du dernier sommet de Davos : accélérer la réorientation de l’épargne du fonds de pension public japonais vers des produits plus risqués.

Comparons à présent le Japon à la France, une autre nation qui vieillit rapidement et dont le système des retraites est mis à rude épreuve. Actuellement seuls 11 % de l’épargne-retraite française sont investis en actions.

Depuis plusieurs décennies, dans un environnement qui était inflationniste, l’objectif des caisses de retraites et des épargnants était de préserver leur capital, la persistance des taux élevés sur les emprunts d’État concourant largement au succès des placements sans risques.

Cette époque est révolue.

Aujourd’hui en France, comme en Europe, l’inflation a disparu, et avec elle les rendements élevés. Les rendements des emprunts d’État – soit 2,1 % sur 10 ans au 1er avril 2014 – ne permettent plus d’entretenir et de constituer un capital pour les besoins futurs.

Tout comme au Japon, ces faibles rendements ne peuvent répondre aux besoins systémiques d’une population vieillissante. C’est pourquoi les contribuables français se tournent de plus en plus vers des régimes de retraite individuels, dans la lignée des Individual Retirement Accounts américains qui offrent des avantages fiscaux pour l’épargne-retraite.  

De nos jours, faire fructifier un capital  sur des placements réputés sans risques est devenu une mission compliquée, pour ne pas dire impossible. Une seule solution pour renforcer le système actuel des retraites : créer de la valeur, généralement en investissant dans les actions d’entreprises.

Néanmoins, les actions restent marginales dans le choix d’investissement des épargnants européens. Comparé aux salariés des États-Unis ou du Royaume-Uni, peu d’Européens ont déjà réalisé des investissements dans des actions, probablement parce qu’ils n’ont jamais ressenti le besoin de constituer eux-mêmes leur future retraite qui, pensaient-ils, serait financée par l’État.

Sur les sept plus grands marchés de fonds de pension (États-Unis, Royaume Uni, Australie, Pays-Bas, Japon, Canada et Suisse), la moyenne des investissements en actions atteint 47 %. Parmi ces pays, seuls le Japon, les Pays-Bas et la Suisse continuent de privilégier les placements conservateurs, avec un poids d’actions qui a atteint cependant en moyenne les 30 %.

Ces fonds de pension, sauf celui du secteur public japonais, ont donc pris conscience depuis de nombreuses années de la nécessité de rechercher la création de valeur pour assurer leur pérennité. Un choix qui s’est avéré judicieux jusqu’à présent. Dans de nombreux pays, l’épargne constituée dépasse aujourd’hui le montant du produit intérieur brut.

Seul le temps permettra de dire si cette réorientation globale – de préservation du capital vers la création de valeur – s’avérera fructueuse. Mais en attendant, l’horloge démographique mondiale continue de tourner.


Mr. Desolneux est Directeur de la Gestion au sein de la banque privée parisienne KBL Richelieu, membre de KBL European Private Bankers. Le contenu de cet article et les points de vue énoncés sont ceux de l’auteur à la date d’écriture de ce document et sont susceptibles d’être modifiés. Cet article est d’ordre général et ne constitue en aucun cas un conseil juridique, comptable, fiscal ou en investissement.