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Macro-économie

10 avril 2019

Alors que la Chine révise son objectif de croissance à la baisse, peut-on dire que les années d'expansion sont terminées ?  

La croissance économique de la Chine est à son plus bas niveau depuis 1990 (l'année de trouble qui a suivi la répression de la place Tiananmen) et les prévisions tablent sur une poursuite de ce ralentissement. Toutefois, la performance du pays est aujourd'hui beaucoup plus préoccupante à l'échelle mondiale qu'il y a trente ans, lorsque le PIB de la Chine représentait moins de 5 % de l'économie mondiale ; de nos jours, sa part est plus proche des 20 %.

Dans le rapport de travail du gouvernement, présenté lors de la session annuelle du Congrès national du peuple, la Chine a fixé un objectif de croissance du PIB pour 2019 compris entre 6 et 6,5 %, un chiffre en léger recul par rapport aux 6,5 % de ces deux dernières années et à la croissance réelle de 6,6 % enregistrée en 2018. « La pression à la baisse sur l'économie chinoise continue de s'intensifier, la croissance de la consommation ralentit et celle de l'investissement réel manque de dynamisme », a déclaré le Premier ministre Li Keqiang aux délégués à Pékin, soulignant le profond bouleversement de la situation extérieure et les frictions économiques et commerciales qui existent entre le pays et les États-Unis.

Les dernières prévisions du Fonds monétaire international tablent sur une croissance de 6,2 % pour 2019, mais avec une mise en garde sur le fait que la persistance des tensions commerciales avec les États-Unis pourrait réduire ce chiffre. L'an passé, la Chine a pris des mesures de relance budgétaire et monétaire dans le but de soutenir l'investissement et les dépenses, et de nouvelles réductions d'impôts ont été annoncées depuis. Mais les secteurs du logement et de l'industrie sont déjà plongés dans une situation de surcapacité alimentée par l'endettement. La question reste entière : les décennies de croissance chinoise ininterrompue touchent-elles à leur fin ?

Tensions en matière de stratégie économique

Le point de vue officiel des dirigeants du Parti communiste est que la Chine entre dans une période durant laquelle la croissance restera significative et sera marquée par la « qualité » et une plus grande « efficacité », ainsi que par des efforts visant à maîtriser le gonflement des niveaux d'endettement. « Les incertitudes seront nombreuses en 2019, mais il est certain que la croissance de la Chine se poursuivra et qu'elle sera durable », a déclaré le vice-président Wang Qishan au Forum économique mondial de Davos en janvier.

Toutefois, le dernier rapport des services du FMI relève des tensions dans la stratégie des dirigeants entre « les objectifs déclarés de stabilisation de l'endettement permettant aux forces du marché de jouer un rôle décisif, d'innovation et de plus grande ouverture » et « une croissance toujours insoutenable de la dette, l'omniprésence de l'État dans l'économie et le régime relativement restrictif en matière d'échanges commerciaux et d'investissement dans certains domaines ».

Le cabinet de recherche Capital Economics estime que le recentrage du président Xi Jinping en faveur du secteur public finira par réduire le taux de croissance de la Chine à 2 % d'ici à 2030.

Au bas de la pyramide se trouve le consommateur chinois, dont les dépenses cumulées ont augmenté de près de 3 000 milliards de dollars entre 2010 et 2017, dynamisant les marques internationales et stimulant la croissance mondiale. Les marchés ont été secoués en janvier lorsque la société Apple a imputé au ralentissement de la demande chinoise en faveur de ses produits la révision à la baisse de ses prévisions de revenus, même si de nombreuses données empiriques et de nombreux témoignages montraient déjà que la clientèle des particuliers devenait plus prudente.

La consommation chinoise va-t-elle renaître ?

La croissance des ventes au détail en Chine a atteint 8,1 % en novembre dernier, son plus bas niveau depuis 18 ans. L'économiste Jim O'Neill, qui qualifie le consommateur chinois d'élément le plus important de l'économie mondiale, reste prudemment optimiste quant à la possibilité de « ressusciter » la consommation.

Toutefois, cela nécessiterait d'importantes réformes que Xi hésitera peut-être à mettre en œuvre, comme l'assouplissement des contrôles sociaux en accordant davantage de droits et de sécurité économique aux travailleurs migrants des zones rurales. Le fait que les salaires augmentent en raison de la contraction du marché de l'emploi est un élément positif car cela accroît le revenu excédentaire que les travailleurs peuvent dépenser.

« La Chine est au beau milieu d'une décennie de rééquilibrage stratégique, l'objectif étant de passer d'une économie fondée sur l'investissement et les infrastructures à une économie portée par la consommation », fait valoir le rapport de KBL epb sur les perspectives d'investissement à l'échelle mondiale en 2019. « Le recentrage du pays sur la croissance du secteur tertiaire, l'augmentation des dépenses de consommation et le développement de l'entreprenariat privé plutôt que sur l'investissement public continueront de se faire au prix d'un ralentissement de la croissance. »

« Si l'économie ralentit jusqu'à atteindre des niveaux inquiétants, il est probable que les autorités interviendront, peut-être par le biais de réductions d'impôts afin de stimuler les dépenses, plutôt que par une nouvelle vague de dépenses d'infrastructures et un soutien direct supplémentaire au renminbi. Cela étant, un « atterrissage brutal » de la Chine ne constitue en aucun cas notre scénario de référence. »