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Macro-économie

09 novembre 2016

Contre toute attente 

L’élection de Donald Trump représente un renversement de l’establishment politique américain, et de manière plus générale, un rejet en bloc des promesses de la mondialisation et du libre-échange. Elle va également engendrer un rajustement immédiat des marchés qui avaient misé sur une présidence sous Hillary Clinton.

Avec un programme qui rejetait les thèmes traditionnels du parti républicain, Donald Trump a été désavoué par de nombreux membres du parti.  Durant sa campagne, il a donné la parole à un segment de la population se sentant ignoré et laissé pour compte dans un environnement de plus en plus mondialisé. 

Comme il l’a promis dans son discours de victoire électorale : «  Les hommes et femmes oubliés de notre pays ne le seront plus. » 

A l’issue de ce résultat, il semble opportun de rappeler les éléments principaux du programme économique de M. Trump : 

  • Fortes réductions d’impôts (se traduisant par une baisse des recettes estimée à environ 9 500 milliards sur 10 ans)
  • Augmentation des dépenses militaires, sans coupe dans les budgets de l’assurance-maladie (Medicare) ou de la sécurité sociale
  • Déportation (volontaire ou forcée) de près de 11 millions d’immigrants sans papiers
  • Droits de douane élevés sur les marchandises importées de Chine et sur les produits importés de toute société américaine ayant délocalisé sa main d'œuvre à l'étranger

Le programme et l’impétuosité ressentie de Trump engendreront encore plus de volatilité sur les marchés, sa victoire marquant le rejet le plus important depuis des générations du système des échanges internationaux et annonçant une ère de profonde incertitude pour les relations internationales. Y compris en Europe, où les leaders des partis d’extrême droite en France, Hongrie et aux Pays-Bas ont déjà réagi avec allégresse. 

« Je souhaite dire à la communauté internationale que si nous placerons toujours les intérêts américains au premier plan, nous nous comporterons de manière équitable avec tous », a insisté Trump lors de son discours de victoire. La communauté internationale, de même que les marchés, n’en sont visiblement pas convaincus. 

Les obligations devraient croître mais uniquement sur le court terme grâce à leur statut de valeur refuge. Sur le plus long terme, les obligations se dégraderont  en raison du programme de Trump qui entrainera un déficit budgétaire et une dette plus élevés, ainsi qu’une pression à la vente des bons au Trésor détenus par la Chine. 

Parallèlement, les obligations liées à l’inflation pourraient connaître une hausse sous M. Trump, alors que l’inflation augmentera en raison d’une hausse des dépenses de l’Etat. Les restrictions commerciales entraîneront elles une augmentation du taux d’inflation importée.

Les prix du pétrole et du charbon pourraient augmenter, en partie à cause de la préférence de Trump pour les ressources énergétiques « traditionnelles ». Le cours de l’or pourrait également être avantagé étant donné son statut de valeur refuge. 

Les perspectives pour le dollar sont moins claires. Il pourrait s’affaiblir en raison de craintes liées à une éventuelle guerre commerciale et la vente possible de bons au Trésor par le gouvernement chinois.  A l’inverse, les valeurs refuges pourraient engendrer une hausse du dollar. Ce qui semble davantage probable est la baisse continue du peso mexicain et d’autres devises de marchés émergents. 

Si les Républicains conservent la majorité au Sénat et à la Chambre des Représentants, reste à savoir comment le nouveau président collaborera avec le Congrès étant donné que de nombreux Républicains ont rejeté sa candidature. 

Toutefois, de par la majorité républicaine, certaines des idées controversées de M. Trump ont plus de chance d’être implémentées. La baisse des impôts et l’augmentation des dépenses en matière d’infrastructures devraient par exemple être approuvées. 

En supposant que toutes ces mesures soient mises en œuvre, l’effet immédiat serait stimulant : l’économie intérieure serait dopée par la hausse des dépenses publiques et par l'augmentation des salaires versés par les employeurs se faisant concurrence pour remplacer la main d'œuvre immigrée moins chère.  

À plus long terme, les États-Unis connaîtraient une hausse de l'inflation liée à l’augmentation des coûts, des salaires et des emprunts contractés par l'État pour financer un déficit annuel supplémentaire de mille milliards de dollars. Ce qui, en retour, contraindrait la Réserve fédérale à relever les taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, entraînant une baisse de l’emploi, voire une récession intérieure. 

Une précédente analyse effectuée par Moody Analytics aboutissait aux conclusions suivantes pour les États-Unis : 

  • Le chômage passerait de 5,5 à 7 % (soit une perte de 3,4 millions d’emplois)
  • L’inflation passerait de 1 à 4,2 % (contraignant la Fed à relever les taux d’intérêt)
  • La dette publique passerait d’environ 75 % du PIB à plus de 130 %
  • Les taux des bons du Trésor à 10 ans passeraient de 2,4 à 6,7 %

Si ces conditions auraient forcément des conséquences négatives sur la croissance mondiale,  une guerre commerciale internationale risquerait de compromettre encore davantage l’économie globale, avec une hausse des coûts pour les consommateurs à l'échelle du monde et l'entrée en récession de nombreux pays. 

Pour l’instant, nous ne sommes toutefois pas convaincus qu’un scénario si extrême puisse se réaliser. En gouvernant avec le Congrès, le président Donald Trump (qui n’a jamais occupé de fonction publique auparavant) pourrait se montrer plus pragmatique qu’idéologue – rassurant ainsi marchés et investisseurs. 

Nous pensons que les actions enregistreront une baisse, inférieure toutefois aux 10-15 % annoncés par certains observateurs du marché. Les politiques monétaires resteront accommodantes et la hausse du taux directeur prévue en décembre par la Fed est à présent remise en question. Cette incertitude permanente pourrait entraîner des pics de volatilité, renforçant le besoin de diversification accrue des portefeuilles. 

La volatilité offrira des opportunités. Toutefois, les perspectives des sociétés solides au niveau domestique seront meilleures que celles qui dépendent du commerce international ou des profits à l’étranger. 

Des investissements supplémentaires en matière d’infrastructures pourraient aider les entreprises de construction. Les industries de la défense, des ressources énergétiques « traditionnelles  » , minières, pharmaceutiques et de l’assurance sont des secteurs qui pourraient profiter de l’élection de M. Trump. 

Les perspectives pour le secteur financier semblent plus obscures.  L’abrogation immédiate du « Dodd-Frank Act » pourrait  soutenir le secteur bancaire mais également augmenter l’incertitude et les primes de risque.  

Enfin, les « perdants » potentiels incluent les énergies renouvelables, les exportateurs, les biens de consommation de base et les services liés à la santé. Les plus grands perdants dans cette affaire semblent être les instituts de sondage – qui, au lendemain du Brexit, se sont de nouveau complétement trompés sur l’issue d’un vote crucial.