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Macro-économie

13 août 2018

La Turquie risque de sombrer dans le chaos absolu 

Les récents événements en Turquie ont conduit à une crise de la devise du pays, la Livre, et les investisseurs craignent une contagion des marchés européens.

Les marchés financiers n'ont pas été cléments avec la Turquie ces derniers temps. La livre turque est en chute libre et atteint presque tous les jours de nouveaux records à la baisse. Alors que le taux de change EUR/TRY se maintenait encore à 5,5 en juillet, nous avons clôturé à 7,32 vendredi, un sommet historique pour la paire. De multiples facteurs expliquent la chute de la monnaie turque. Le premier est la perte de crédibilité de la banque centrale. Face à la hausse rapide de l'inflation, les investisseurs s'attendaient à ce que la CBRT relève progressivement les taux d'intérêt. En fait, la banque centrale est perçue comme étant « derrière » la courbe. L'inflation des prix à la consommation a bondi à 15,8 % en juillet, mais l'indice des prix à la production affiche déjà 25 %, ce qui indique que le niveau général d'inflation des prix grimpe rapidement. Les investisseurs s'attendaient à une hausse du taux directeur, mais celui-ci semble bloqué à 17,75 %. Parallèlement, le déficit budgétaire est en passe d'atteindre les 2 % du PIB, donnant aux investisseurs le sentiment que les autorités mènent une politique budgétaire peu orthodoxe. 

Tout se résume en effet aux choix politiques adoptés. 

Le président Erdogan a nommé son gendre M. Albayrak ministre des Finances dans le cadre de ses efforts visant à renforcer son emprise sur le pays, sa récente victoire électorale lui ayant conféré des pouvoirs supplémentaires. Et Erdogan est un farouche opposant aux hausses de taux. Au cours du week-end, le Président a déclaré que les hausses de taux d'intérêt étaient un cadeau pour les riches et un fardeau pour les pauvres. En même temps, il estime que la pression des marchés financiers est la preuve qu'une guerre économique est menée contre la Turquie. 

Les tensions actuelles avec les États-Unis n'arrangent rien. La détention d'un pasteur américain, que la Turquie accuse d'avoir participé à des actions terroristes, a provoqué la colère du président américain D. Trump qui a annoncé le doublement des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs. La nouvelle a porté un coup supplémentaire à une livre turque déjà aux abois. 

Parallèlement, la situation semble échapper à tout contrôle. Si la Turquie veut calmer la situation et mettre fin au chaos, elle doit intervenir sur quatre fronts :

  1. Elle doit relever les taux à des niveaux suffisants pour que les marchés estiment que le risque d'inflation galopante est limité. Cela implique de laisser la CBRT fixer les taux nominaux à un niveau faisant grimper les taux d'intérêt réels de 3 à 5 % et de les maintenir à ce niveau le temps qu'il faudra ;
  2. Elle doit mettre en œuvre des politiques budgétaires orthodoxes qui ne risquent pas d'alimenter l'inflation et de fragiliser les finances de l'État ;
  3. Elle doit mettre un terme à sa querelle avec les États-Unis ;
  4. Elle doit retrouver sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux.

Malheureusement, les événements de la semaine dernière et les propos tenus par M. Erdogan ce week-end ne sont pas très prometteurs à cet égard. S'adressant à ses partisans, le président turc a déclaré que les taux d'intérêt étaient « un outil d'exploitation » et que la Turquie préparait de nouveaux instruments financiers face au dollar. Il a également évoqué la formation de nouvelles alliances, les États-Unis ayant « décidé d'échanger un partenaire de l’OTAN pour un prêtre ».

Ces commentaires montrent clairement que la Turquie ne semble pas pressée de respecter les quatre points cités plus haut.

La semaine pourrait donc de nouveau être mouvementée pour la livre. De nouvelles retombées pourraient également frapper les actifs turcs ou toute institution y étant exposée. La semaine dernière, la Banque centrale européenne a manifesté son inquiétude face à l'exposition de certaines banques de la zone euro aux actifs turcs. Durant le week-end, les actions des banques du Moyen-Orient ayant des liens avec la Turquie ont souffert. Cela étant, la contagion est jusqu'à présent limitée en ce qui concerne les autres pays émergents. Les autres monnaies sous pression ont été soit celles des pays également touchés par les sanctions américaines, soit celles des pays dont les réserves de change et/ou les fondamentaux sont faibles. Le rouble russe, le peso argentin, le rand sud-africain et le real brésilien se sont ainsi affaiblis. 

Pour revenir à la Turquie, l'avenir dépendra aussi pour beaucoup de ce que feront les citoyens turcs. Apparemment, il est déjà beaucoup plus difficile de sortir des devises des banques ou d'effectuer des virements électroniques de fonds. 

Et si la livre plonge encore davantage, la panique va-t-elle se répandre ?

Tout cela est très difficile à prédire. La Turquie et ses dirigeants semblent très réticents à faire appel au FMI pour l'heure. L'arrêt de la convertibilité de la livre deviendra-t-il une option ? Il est évident que les investisseurs le prendraient mal et qu'une telle décision pourrait compromettre l'investissement direct étranger.

Les marchés émergents pourraient eux aussi succomber à certaines pressions à la vente face aux craintes de contagion des investisseurs, même si la Turquie semble être un cas isolé. 

La conclusion est qu'il est préférable d'éviter les actifs turcs pour le moment. Il est encore beaucoup trop tôt pour espérer qu'une opportunité d'achat se présente. La prudence est de mise.

Parallèlement, nos spécialistes ont récemment réduit de positif à neutre notre positionnement en faveur des actions émergentes au sein de notre allocation d'actifs. Notre pondération totale en actions au sein de l'allocation d'actifs est neutre. Ils examineront cette position cette semaine en fonction de l'évolution de la situation. 

L'une des recommandations restantes concernait la dette émergente. En collaboration avec nos macro-économistes, nos spécialistes évalueront toutes les options concernant cette sous-classe d'actifs. On aurait pu penser que toutes les obligations émergentes souffriraient de la crise turque, mais récemment les obligations mexicaines ont nettement surperformé dans cet environnement difficile, ce qui montre combien la situation peut varier d'un pays à l'autre. 

Nous communiquerons les éléments de notre stratégie à mesure que la situation évoluera.