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Macro-économie

03 août 2016

Opportunité pour le luxembourg? 

Par Quentin Vercauteren, Head of Wealth Management, Luxembourg, KBL epb

L'annonce du vote du Royaume-Uni en faveur d'une sortie de l'UE n'a pas été accueillie dans l'allégresse ici au Luxembourg, l'un des six membres fondateurs de l’Union européenne.

Le Grand Duché a depuis longtemps adopté la notion d’intégration européenne, y compris la libre circulation des biens, des services et des personnes. Le Brexit a fragilisé cet idéal – et notre union. 

Cela compte énormément dans ce pays de 575 000 habitants, dont plus de 40 % sont nés à l’étranger. En outre, quelque 150 000 frontaliers se déplacent quotidiennement de Belgique, France et Allemagne.

Véritable témoignage du multilinguisme qui caractérise la vie au Luxembourg, les enfants d’ici émergent de l'école publique en parlant couramment au moins quatre langues, dont le luxembourgeois, l'allemand, le français et l'anglais. 

Bien que profondément ancré dans les valeurs traditionnelles, le pays est ouvert aux idées nouvelles et aux influences extérieures. Je n'ai pas pu m’empêcher de sourire l’autre jour en voyant un bandeau annonçant l'ouverture prochaine d'un nouveau commerce dans mon propre petit village : « Taco Tikka », un restaurant proposant une cuisine à la fois mexicaine et indienne, autrement dit le genre d’endroit que l'on s’attend à trouver en Grande-Bretagne, mais pas vraiment à Bridel (2 700 âmes). 

Étant donné cette ouverture sur l’extérieur, il n’est pas surprenant que plus des trois quarts des résidents luxembourgeois estiment que le Grand-Duché est plus fort au sein de l’Europe. 

Outre l'aspect démographique, il ne faut pas oublier que le pays accueille un très grand nombre d'institutions européennes (dont la Banque européenne d’investissement et la Cour de justice de l'Union européenne), à tel point que l’Union européenne est le deuxième employeur du pays. 

Autre employeur important, le secteur des services financiers représente environ un tiers du PIB. Avec environ 150 établissements bancaires totalisant près de 800 milliards d'euros d'actifs, le Luxembourg est essentiellement un pôle de services bancaires privés gérant plus de 300 milliards d'euros et générant plus de 3 milliards d'euros de chiffres d'affaires chaque année. 

Ici, les banques privées, tant étrangères que nationales, travaillent aux côtés de secteurs extrêmement dynamiques dans le domaine de la gestion d’actifs et de l’assurance, dans un environnement caractérisé par un niveau de stabilité politique exceptionnellement élevé qui attire une vaste main d'œuvre composée de professionnels qualifiés et hautement productifs. 

Il convient de noter qu'avec plus de 3 000 milliards d'euros d'actifs nets sous gestion, le Grand-Duché de Luxembourg est également le plus grand centre de fonds d'investissement en Europe et le deuxième à l'échelle mondiale, juste derrière les États-Unis. 

Dans le plus récent classement des centres financiers mondiaux, en tête duquel figure bien entendu Londres, le Luxembourg occupe le 14e rang à l'échelle mondiale et le premier dans la zone euro, devant de grandes métropoles comme Francfort, Munich, Paris et Amsterdam. 

De toute évidence, la prééminence de Londres est désormais menacée. Selon une étude menée récemment par PwC, le Brexit pourrait entraîner la perte de 100 000 emplois dans le secteur britannique des services financiers au cours des trois prochaines années, les entreprises mondiales se tournant vers d'autres solutions pour accéder au marché unique européen. 

Certains de ces emplois, principalement dans la City de Londres, risquent de disparaître à jamais. La plupart cependant seront transférés outre-Manche, dont au moins une partie, selon toute vraisemblance, au Luxembourg. 

Au lendemain du vote en faveur du Brexit, les observateurs ont commencé à examiner les prétendants au titre de premier centre européen de services financiers en remplacement de Londres. James B. Stewart, célèbre journaliste américain lauréat du prix Pulitzer, a été l'un des premiers à classer les concurrents au moyen de critères comme la facilité d'expression en anglais, l'environnement réglementaire, les infrastructures, les écoles et l'offre culturelle. 

En tête de cette liste fort remarquée de neuf villes figure Amsterdam (en raison du très haut niveau de maîtrise de la langue anglaise, de son offre culturelle de qualité et de l'excellence de ses infrastructures aéroportuaires, ferroviaires et scolaires), suivie de Francfort, Vienne et Dublin. 

Luxembourg, ville reconnue pour son raffinement et sa qualité de vie, mais jugée trop petite pour absorber un grand nombre de banquiers jusqu'alors basés à Londres, se classe au sixième rang.  

Il est vrai que plus de 360 000 personnes travaillent dans le secteur des services financiers dans la capitale britannique, soit à peu près l'équivalent de la totalité de la main d'œuvre nationale du Luxembourg et près de 10 fois plus que le nombre de personnes employées ici dans le secteur des services financiers. 

Bien que la taille ait son importance, un certain nombre de grandes entreprises internationales ont déjà annoncé qu’elles envisageaient la possibilité de transférer leur pôle opérationnel européen de Londres au Grand-Duché. D'autres projets similaires devraient voir le jour au cours des prochains mois et des prochaines années. 

Comme il le fait depuis si longtemps, le Grand-Duché accueillera ces entreprises et leur personnel à bras ouverts. Pour autant, le pays n’éprouve aucune joie à l'idée que Londres puisse perdre son statut de place financière de premier plan à l'échelle mondiale.

Les résidents luxembourgeois bénéficient d’un niveau de vie extrêmement élevé ; d'après l’OCDE, le sentiment d'appartenance à la collectivité et le niveau d'engagement citoyen qui règnent ici figurent parmi les plus élevés au sein des pays développés. 

Ces aspects, qui constituent les atouts du pays, sont à bien des égards une conséquence du projet européen de pluralisme, d’intégration et de solidarité. Ici, nous sommes nettement plus performants sans frontières.