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Macro-économie

26 juin 2017

Un train de retard 

Comparée à la plupart des théories économiques, la courbe dite « de Phillips » est on ne peut plus simple. Conçue par l'économiste néo-zélandais William Phillips, elle met en évidence une relation inverse entre chômage et inflation : quand l'un augmente, l'autre doit reculer.

Selon la même logique, les salaires devraient stagner lorsque le chômage est élevé et augmenter lorsque le chômage diminue. 

Bien que cela semble logique, ce n'est pas ce que l'on constate dans la plupart des pays du monde développé. Au contraire, alors que le marché du travail continue de se resserrer, les salaires bougent à peine. 

Pourquoi tant de marchés ont-ils un train de retard ? 

Commençons par examiner les États-Unis, où le chômage atteint 4,3 %, son taux le plus bas depuis 16 ans. Parallèlement, alors que le pays connaît sa troisième plus longue période d'expansion économique jamais enregistrée, l'inflation reste inférieure à l'objectif fixé par la Réserve fédérale. 

Le fait que le taux d'inflation de base aux États-Unis ait diminué à 1,7 % en mai explique au moins en partie pourquoi la croissance du salaire horaire moyen reste anémique, n'ayant progressé que de 0,2 % sur la même période. Dans ce contexte, les employeurs sont évidemment moins contraints d'augmenter les salaires pour compenser la hausse (minimale) du coût de la vie. 

Cela étant, le resserrement du marché de l'emploi signifie généralement que les entreprises doivent payer davantage pour attirer et conserver leur personnel. Or ce n'est pas le cas. 

En effet, le même constat peut être fait dans d'autres marchés caractérisés par de faibles taux d'inflation et de chômage, comme l'Allemagne. Le taux de chômage allemand s'est replié à 5,7 % le mois dernier, son niveau le plus bas depuis la réunification en 1990, mais la croissance des salaires reste limitée. Ici encore, ce phénomène est susceptible de refléter en partie l'inflation de base, qui est encore moins élevée qu'aux États-Unis après avoir baissé à 1,3 % en mai. 

Au Royaume-Uni, la situation est plus proche du principe énoncé par la courbe de Phillips (le chômage est tombé à 4,6 %, tandis que l’inflation a suivi une tendance haussière pour atteindre 2,9 %), mais les perspectives en matière de salaires sont encore plus alarmantes qu'aux États-Unis ou en Allemagne. 

Bien que le taux de chômage soit le plus bas depuis plus de 40 ans et malgré les pressions inflationnistes croissantes, le revenu moyen des Britanniques stagne. Une fois ajustés pour tenir compte de l'inflation, les salaires ont en fait reculé de 0,6 % en avril par rapport à la même période l'an passé, aggravant la situation de la population grandissante de travailleurs pauvres au Royaume-Uni. 

Dans tous ces marchés, comment expliquer cette stagnation des salaires compte tenu des pressions politiques qui s'exercent pour que des mesures soient prises ? 

Tout d'abord, les marchés de l'emploi ne sont pas uniformes. Aux États-Unis par exemple, la restauration est le secteur ayant affiché l'expansion la plus rapide en mai, alors que le nombre de postes à plus forte rémunération dans le secteur manufacturier a diminué. Durant le même mois, le nombre de nouvelles offres d'emploi dans le secteur financier de Londres a chuté de 16 % par rapport à mai 2016. 

Toute une série de facteurs pèse sur les salaires allemands, dont un afflux de travailleurs immigrés faiblement rémunérés, le déclin continu du syndicalisme et de la négociation collective, et la hausse constante de l'emploi à temps partiel. 

Les autorités ont pris bonne note de la situation en Allemagne, le Fonds monétaire international signalant qu'il était urgent que les salaires augmentent afin d'accroître le pouvoir d'achat du pays et soutenir le rétablissement de la zone euro dans son ensemble. 

Enfin, il est important de rappeler qu'à mesure qu'un marché se rapproche du « plein emploi », les travailleurs les moins qualifiés et les moins expérimentés sont généralement les derniers à être embauchés. Ces salariés sont de toute évidence moins payés que ceux qui ont déjà un emploi, ce qui fait baisser le salaire médian. 

Tout ceci ne signifie pas nécessairement que les pays développés doivent s'attendre à subir une stagnation similaire à celle que le Japon connaît depuis une vingtaine d'années. Durant cette période, les salaires moyens n'ont jamais augmenté de plus de 1 % par an, malgré un taux de chômage qui a toujours évolué dans le bas de la fourchette à un chiffre (2,8 % actuellement) et un taux d'inflation lui aussi au plus bas. 

Bien que l'économie japonaise n'ait pas évolué selon les principes de la courbe de Phillips depuis 20 ans, toute règle a ses exceptions. À terme, la question est de savoir si la règle elle-même deviendra caduque.